Dès son accession à la présidence du Botswana, le Président Duma Boko a placé un mot au cœur de son programme : la redevabilité. Pour le nouveau chef de l’État, rompre avec des décennies de « satisfaction institutionnelle » héritée du parti unique de l’indépendance est la condition non négociable pour redonner confiance aux citoyens comme aux investisseurs internationaux.
« La paix et la stabilité en Afrique doivent être ancrées sur une gouvernance redevable et réactive », a déclaré le président, avant d’ajouter que ce principe constitue « un droit fondamental pour chaque citoyen africain » et « la base nécessaire pour toute mesure de développement économique et de développement durable ». Une déclaration qui dépasse la simple posture diplomatique : elle traduit une conviction personnelle forgée par des années de carrière comme avocat des droits humains, avant que l’ancien chef de l’opposition ne devienne, en novembre 2024, le premier président issu d’un parti autre que le BDP en 58 ans d’histoire électorale du pays.
Devant son auditoire continental, Boko a insisté sur le lien direct entre transparence, respect de l’État de droit et capacité d’un pays à capter des investissements étrangers durables — un message d’autant plus significatif que le Botswana affiche déjà l’un des meilleurs scores de gouvernance de la région, avec 59 points à l’Indice de perception de la corruption, derrière les Seychelles et le Cap-Vert, mais loin devant la moyenne subsaharienne.
Cette exigence de redevabilité s’inscrit dans un contexte économique tendu : ralentissement de la croissance, dépendance persistante aux diamants, et nécessité pressante de diversifier une économie encore vulnérable aux chocs du marché mondial. Pour le président, la confiance des investisseurs ne se gagnera pas par des incitations fiscales seules, mais par la certitude que les institutions fonctionnent, que les marchés publics sont transparents et que l’État rend compte de sa gestion aux citoyens comme aux partenaires extérieurs.
En articulant sa vision économique autour de la gouvernance plutôt que des seules ressources naturelles, Duma Boko cherche à inscrire le Botswana dans une trajectoire distincte de celle de nombreux États africains encore prisonniers de la rente et de l’opacité. Un pari politique à haut risque, mais cohérent avec l’image qu’il a construite depuis son entrée en politique : celle d’un dirigeant pour qui l’intégrité institutionnelle n’est pas un supplément d’âme, mais la condition première du développement.
Franck O.













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