Le Ghana, à l’instar du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, figure parmi les principaux importateurs d’engrais en Afrique de l’Ouest. Depuis quelques années, Accra attire un nombre croissant d’investissements privés visant à développer une industrie locale, au-delà des seules unités de mélange tributaires des approvisionnements extérieurs.
Le projet du groupe chinois Sentuo Group de construire une usine de fabrication d’engrais au Ghana revient sur le devant de la scène. Le 15 septembre 2026, le président John Dramani Mahama a indiqué que l’industriel envisageait de produire localement des fertilisants à destination des agriculteurs ghanéens. Cette annonce intervient plusieurs mois après la signature, en avril dernier, d’un protocole d’accord entre le groupe et le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture. À l’époque, Sentuo Group avait précisé que ses ingénieurs avaient déjà entamé les travaux préliminaires. Aucun détail n’a toutefois été communiqué sur le coût de l’investissement, la capacité de production ou le calendrier de mise en service.
Ce projet s’inscrit dans un paysage industriel où plusieurs initiatives ont été annoncées ces dernières années pour accroître les capacités locales dans le secteur des fertilisants. En août 2025, l’entreprise Invess Agriculture Ltd, en partenariat avec Nitron Group et AAA Infrastructure Ghana Ltd, a mis en service une unité de mélange d’engrais de 3,5 millions de dollars dans le district de Shai Osudoku, dotée d’une capacité de 385 000 tonnes d’engrais granulés par an.
Le même mois, le ministère ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture a officialisé un partenariat avec le groupe énergétique qatari Al Jedad Holdings pour implanter une usine de production d’engrais chimiques sur un site situé dans le hub pétrolier d’Atuabo. D’un coût total de 5 milliards de dollars, ce projet prévoit de produire de l’ammoniac et de l’urée, le positionnant sur le segment de la production primaire. À la différence de ces deux projets, le niveau d’intégration industrielle envisagé par Sentuo demeure inconnu.
La diversification des investissements concerne également les fertilisants organiques. En juillet 2026, le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture a signé un protocole d’accord avec Omanbapa AgriTech pour une usine évaluée à 10 millions de dollars. Le projet doit démarrer par une unité de mélange d’une capacité de 20 000 à 30 000 tonnes par an, avant une montée en puissance vers 60 000 tonnes et une fabrication complète à partir, notamment, de résidus agricoles. Le pays voit ainsi se développer simultanément plusieurs maillons de la chaîne de valeur des engrais.
Cette dynamique intervient dans une industrie qui reste largement approvisionnée par l’extérieur. Selon l’International Fertilizer Development Center (IFDC), le Ghana ne dispose toujours d’aucune capacité de production primaire d’engrais minéraux. Les fertilisants utilisés dans le pays sont principalement importés sous forme d’engrais simples — urée, DAP ou MOP — ou de produits composés, avant d’être distribués ou mélangés localement.
Les volumes importés témoignent de cette dépendance. En 2024, le Ghana a importé 554 457 tonnes d’engrais, dont près de 95 % étaient destinées au marché domestique, selon l’IFDC. Le NPK représentait environ 54 % des volumes, devant l’urée (12 %), le sulfate d’ammonium (10 %) et le chlorure de potassium (6 %). Cette configuration ouvre des perspectives aux opérateurs désireux de développer de nouvelles capacités, qu’il s’agisse de production primaire ou de mélange, en leur permettant de capter des parts de marché.
Pour le gouvernement, le développement de ces activités présente également l’intérêt de réduire progressivement l’exposition du pays aux approvisionnements extérieurs. Cet objectif ne pourra toutefois être atteint que si les projets annoncés se concrétisent et permettent de substituer une partie des produits importés, tout en proposant aux agriculteurs des engrais disponibles à des prix compétitifs.













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