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Gabon / Fibre optique : L’État pose les fondations de son avenir numérique

À travers le continent, les États misent sur le renforcement de leurs infrastructures pour accompagner la transition digitale. Le Gabon n’échappe pas à cette dynamique : en mars 2025, ses responsables ont annoncé le raccordement prochain du pays à un nouveau câble sous-marin, dans le but de consolider une connectivité encore fragile.

L’ambition affichée est considérable. Libreville projette de déployer 1 651 kilomètres de fibre optique additionnels, ce qui reviendrait à presque doubler l’étendue de sa dorsale nationale. L’enjeu est de taille : cette artère conditionne l’acheminement du trafic Internet et la qualité de la desserte sur l’ensemble du territoire.

C’est précisément l’objet des ateliers qui se sont tenus les mercredi 9 et jeudi 10 septembre à Libreville, consacrés à l’examen et à la validation du projet de partenariat public-privé liant la Société de patrimoine des infrastructures numériques (SPIN) et Gabon Fiber S.A. Ce partenariat porte sur l’exploitation et le développement du Backbone national gabonais. La convention entre les deux entités doit être paraphée le lundi 14 septembre.

Le Backbone constitue la colonne vertébrale du système de télécommunications gabonais. Il assure la circulation des données entre les grandes zones du pays et fait le lien entre les réseaux des opérateurs et les infrastructures, qu’elles soient nationales ou internationales. Sans lui, les opérateurs ne pourraient acheminer leurs services Internet jusqu’aux abonnés finaux. Il s’agit donc d’un chaînon incontournable.

Cette brique correspond à ce que la Banque mondiale désigne sous l’expression « kilomètre intermédiaire », à savoir le segment du réseau qui fait transiter l’Internet à l’échelle interne d’un pays. On y retrouve les liaisons interurbaines qu’elles reposent sur de la fibre optique, des faisceaux hertziens ou des connexions satellitaires —, mais aussi les points d’échange Internet et les équipements locaux destinés à héberger les contenus.

Cette densification du réseau s’inscrit dans une stratégie plus large : le Gabon entend parallèlement accroître sa capacité de branchement aux infrastructures internationales. Le pays devrait être relié d’ici 2028 à Medusa Africa, l’extension programmée du câble sous-marin à fibre optique Medusa. Quatre systèmes le desservent déjà — 2Africa, Africa Coast to Europe (ACE), Maroc Telecom West Africa et SAT-3/WASC —, offrant à ce jour une capacité cumulée de 20 téraoctets, selon les autorités. Avec la mise en service de la nouvelle liaison, ce volume devrait bondir à 400 téraoctets.

Pour Libreville, ces capacités supplémentaires doivent servir de levier à la transformation numérique du pays : faciliter l’accès à Internet, élargir l’inclusion numérique et stimuler l’essor de l’économie digitale. Encore faut-il disposer d’un réseau national assez solide et maillé pour transporter cette connectivité vers une portion significative du territoire.

L’extension du Backbone survient néanmoins dans un climat où la protection des infrastructures suscite une inquiétude grandissante. Le 24 août, une coupure de fibre optique sur le réseau national a perturbé les services de voix et d’Internet dans plusieurs localités du Haut-Ogooué, du Woleu-Ntem, de l’Ogooué-Lolo et de l’Ogooué-Ivindo. Les équipes d’Airtel Gabon et d’Axione, en charge de la gestion technique du réseau, ont été déployées pour rétablir la situation.

Peu après, l’exécutif a fait savoir qu’une enquête serait ouverte sur la multiplication des vols de câbles en cuivre et des actes de sabotage. Le gouvernement a également instruit les forces de défense et de sécurité de traquer les auteurs comme les receleurs, tandis que les douanes ont reçu pour consigne de renforcer le contrôle des conteneurs destinés à l’exportation, afin d’enrayer le trafic de métaux dérobés.

Partout en Afrique, en effet, les réseaux subissent régulièrement des interruptions causées par des individus qui sectionnent les câbles, souvent dans le but de récupérer et de revendre les matériaux qu’ils renferment. À ces dégradations volontaires s’ajoutent celles imputables aux chantiers de voirie et de travaux publics : les opérations d’excavation, de terrassement ou d’aménagement peuvent endommager les câbles lorsqu’elles sont menées à proximité des installations existantes. La multiplication des chantiers accentue donc le risque de coupures.

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