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Burkina Faso : L’or, entre souveraineté industrielle et transformation locale

Le Burkina Faso, quatrième producteur africain d’or, a engagé une transformation radicale de son secteur aurifère sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré. L’objectif est clair : reprendre le contrôle d’une ressource qui représente plus de 70 % des recettes d’exportation du pays et en maximiser les retombées économiques nationales.

Depuis 2022, le gouvernement a restructuré en profondeur la propriété des mines. À fin 2025, six des quinze mines industrielles du pays étaient majoritairement détenues par des sociétés burkinabè, dont trois directement contrôlées par l’État via la SOPAMIB. Cette mutation marque une rupture avec des décennies de domination étrangère sur le secteur minier industriel.

Le point d’orgue de cette politique a été atteint en juillet 2026 avec l’autorisation d’exploitation de la mine de Bouboulou, première mine industrielle entièrement opérée par l’État. Située dans la commune de Yako, elle représente un investissement de plus de 32 milliards de FCFA et devrait produire 7,27 tonnes d’or sur une durée de vie de 15 ans, générant près de 39 milliards de FCFA de recettes directes pour l’État. Le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, a qualifié cette avancée de « révolution structurelle » dans la politique minière du pays.

Pendant des décennies, le Burkina Faso exportait son or sous forme de doré brut vers des raffineries étrangères, notamment en Suisse et à Dubaï, perdant ainsi les marges substantielles de la transformation. Pour mettre fin à cette dépendance, le pays construit sa première raffinerie nationale, opérée sous le nom de Raffinor. Prévue pour une mise en service fin 2026, elle aura une capacité annuelle de 150 tonnes, suffisante pour absorber l’intégralité de la production nationale, qui a atteint un record de 94 tonnes en 2025.

L’investissement de 15 millions de dollars dans cette infrastructure permettra de créer 100 emplois directs et plus de 5 000 emplois indirects. Le Plan RELANCE 2026-2030 prévoit également l’opérationnalisation de cette raffinerie et la montée en puissance de la SOPAMIB, qui devra exploiter au moins dix mines industrielles appartenant à l’État.

Cette stratégie de souveraineté minière commence à porter ses fruits. La production nationale a dépassé 94 tonnes en 2025, dont 42 tonnes issues de l’exploitation artisanale, contre seulement 8,1 tonnes en 2024. Cette performance résulte de la création de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP), chargée d’acquérir la production artisanale et de formaliser un secteur longtemps informel.

Cependant, des défis persistent. La transparence des données opérationnelles et financières des mines d’État reste limitée, l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives ayant appelé à davantage de publication d’informations. Par ailleurs, la transformation en aval  bijouterie, produits financiers adossés à l’or demeure largement absente, les marges les plus élevées de la chaîne de valeur se situant en dehors du continent.

En conjuguant reprise en main des mines, construction d’une raffinerie nationale et formalisation de l’or artisanal, le Burkina Faso trace la voie d’une souveraineté économique fondée sur la valorisation locale de ses ressources. Un pari audacieux, dont le succès dépendra de la capacité du pays à sécuriser ses sites d’exploitation et à garantir que les revenus de l’or profitent directement aux citoyens.

Saïd B

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